Barkhane : un jour dans la peau d’un équipage de Mirage 2000

 

Un matin de  juillet 2017, sur le camp Kosseï, à N’Djamena, au Tchad.

L’équipage d’un Mirage 2000D de la Force Barkhane se réveille à 03H00 du matin. Le pilote, issu de l’école de l’Air, et son navigateur, officier système d’armes sous contrat, enfilent leur combinaison de vol. La journée commence pour cet équipage aguerri. Les deux militaires se connaissent bien. Cela fait maintenant un mois qu’ils volent ensemble. Après une toilette rapide et avoir ajusté leur tenue de vol, les hommes prennent la route du détachement chasse.

Il fait encore nuit, pas un bruit dehors, seules les sentinelles de la Force Barkhane patrouillent sur la base et filtrent les rares entrées au poste de garde. En arrivant en salle d’opérations, chacun s’affaire. C’est un rituel sans ordre établi. Petit-déjeuner, préparation du matériel pour le vol, récupération des informations indispensables au vol grâce aux différents moyens de communication et réseaux informatiques mis à leur disposition, chacun connaît les tâches qui lui reviennent A l’issue, l’équipage de notre Mirage 2000D rejoint celui de l’autre avion, unMirage 2000N, qui complètera la patrouille. Les quatre « navigants »  se retrouvent alors en salle d’opérations, prêts à partir aux avions, partageant leurs dernières interrogations sur le profil de la mission.

« Le commandant d’escadrille nous a rejoints. Il s’assure que rien n’a été oublié notamment en termes de sécurité et reste à nos côtés jusqu’à notre départ aux avions. Il est le point de contact entre les organismes extérieurs et la patrouille et apporte son aide en cas de besoin ou de panne. Il est un élément indispensable à la réalisation des missions de chasse en BSS. »

Tous les voyants sont au vert, le cahier d’ordre est signé, il n’y a pas de point bloquant ce matin. « Nous prenons la direction de la piste. Les mécaniciens nous attendent. Après les avoir salués, nous prenons en compte nos avions ».

L’installation à bord et la mise en route se déroulent sans encombre. Les chasseurs roulent avec précaution avant de décoller face à l’Est. Le bruit témoigne de la puissance des moteurs et réveille le camp français encore endormi. Il est 4h50 du matin.

« Notre zone de travail se situe à plus de 1500 kilomètres de notre base de départ : « DIEGO 23 Airborne », annonce le leader confirmant à la tour de contrôle que tout va bien après décollage. « Nous partons pour renforcer la protection d’un convoi des troupes françaises dans le Nord du Mali. Afin de nous permettre de tenir un maximum de temps sur zone, nous recevons l’aide d’un ravitailleur américain qui a décollé d’Espagne. Après une heure et demi de transit et un premier ravitaillement en carburant, nous arrivons au-dessus des forces françaises. ».

Le contact est facilement établi avec le contrôleur aérien avancé qui est inséré dans le convoi tentant de relier Tessalit à Kidal. Les conditions météorologiques sur place sont difficiles. Des vents de sable diminuent grandement la visibilité et le travail d’identification est ardu pour les équipages. Les aviateurs se servent de la nacelle de désignation du Mirage afin de distinguer plus facilement les véhicules du convoi.

 

« Nous apercevons aux jumelles quelques véhicules au moment où nous passons à la verticale de leur position. Suffisant pour débuter la mission ».

Le travail de surveillance de l’environnement proche comme des alentours débute. Il pourra durer plusieurs heures grâce au ravitailleur en orbite sur la zone. Cependant, vingt minutes plus tard, l’un des équipages annonce une panne de commandes de vol, une panne grave.  

Les pilotes prennent la décision de quitter la zone pour se dérouter sur Niamey. La panne ne s’aggrave pas mais les conditions météorologiques sur la plateforme sont loin d’être excellentes. Une cellule orageuse de 400 km de diamètre est en train de passer au Nord du terrain et provoque une réduction de visibilité associée à une baisse du plafond nuageux. Les deux appareils se posent néanmoins sans encombre, à tour de rôle, malgré la découverte tardive de la piste en finale en raison de la couche nuageuse.

« Quelques jours auparavant, d’autres équipages du détachement avaient été forcés de s’y rendre à cause des mauvaises conditions météorologiques qui sévissaient à N’Djamena et nous savions au fond de nous-même que, tôt ou tard, ce serait notre tour ».

Après avoir débriefé la panne avec les mécaniciens qui travailleront bientôt en pleine chaleur, les militaires se  rendent aux opérations du détachement chasse de Niamey, composé d’équipages de Mirage 2000D et de Mirage 2000C.

« Nous posons nos équipements avant d’être pris immédiatement en charge par nos camarades : une chambre est mise à notre disposition afin que nous puissions nous reposer après avoir pris un petit-déjeuner au mess. ».  Il n’est en effet que 8h30 du matin.

Cette délocalisation durera finalement six jours, l’état-major ayant décidé de profiter de ce déroutement pour augmenter l’effort aérien sur une zone proche… D’autres renforts seront envoyés également depuis N’Djamena. Ils auront pris soin d’apporter avec eux quelques affaires personnelles aux profits des « déroutés ». La solidarité s’exprime dans tous les domaines en Afrique.

Sources : État-major des armées 
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