Barkhane : dans la peau d’un capitaine commandant un sous-groupement tactique blindé au Sahel

À la tête du 4escadron du 1er régiment de hussards parachutistes (1er RHP) depuis l’été 2017, le capitaine Augustin est déployé dans le cadre de l’opération Barkhane comme chef du sous groupement tactique désert blindé basé à Gao. Avant chaque opération, il mène un processus de réflexion tactique. Son objectif est de faire en sorte que les hommes et femmes qu’il commande accomplissent la mission reçue dans l’esprit voulu par le commandant de la force.

 

« La diffusion des ordres du poste de commandement interarmées de théâtre à N’DJAMENA, jusqu’au chef d’engin à GAO, c’est un cycle qui se répète à tous les niveaux, avec des tempos différents », explique le capitaine Augustin.

Sous les ordres du chef du groupement tactique désert blindé, le capitaine Augustin reçoit en premier lieu un Warning Order ayant pour but de le prévenir de son engagement sous peu en mission. « Cette alerte me donne les grandes orientations de l’opération : dans quelle région, quand, avec quel volume de force et dans quel but ». Dans des conditions optimales, il le reçoit jusqu’à une semaine avant l’engagement, ce qui lui donne le temps de mener sa réflexion tactique en se posant plusieurs interrogations : « Est-ce une mission en partenariat avec les forces armées maliennes ou une mission franco-française ? Voit-elle engagés des moyens interarmes et interarmées nombreux ? Est-ce qu’elle se situe dans un contexte politique ou religieux particulier ? … ».

Le capitaine prend également en compte le terrain particulier du Sahel dans sa réflexion, ses aléas météorologiques, et les contraintes qu’il impose à ses matériels. Même si la maintenance est une attention permanente, une préparation logistique spécifique débute également en parallèle de la préparation tactique. Il s’agit pour le capitaine d’être sûr que tous les blindés de son sous-groupement soient opérationnels, et d’être prêt dans les délais et avec le volume de moyens demandé par son chef.

Ce temps de réflexion préparatoire se termine à la réception de l’ordre définitif du chef, l’ordre initial ou Operation Order. Il vient confirmer ou corriger les orientations du Warning Order et arrive généralement entre 72 et 24 heures avant le départ.

Le capitaine met alors en œuvre un processus de réflexion normé, qu’il s’est approprié : la méthode de décision opérationnelle tactique. « J’ai une réflexion d’abord assez générale : pourquoi ? Avec qui ? Où ? Comment et quand ? Je réponds à des questions simples, mais qui permettent de ne rien oublier ». À la tête d’un sous groupement tactique interarmes, il s’appuie également sur les savoir-faire techniques de ses conseillers des différentes fonctions opérationnelles (génie, artillerie, santé…) afin de choisir la meilleure manœuvre en cohérence avec un certain nombre de contraintes.

Le capitaine Augustin tient également compte des supports de préparation tactique dont il aura besoin : la cartographie, les informations sur les villages dans la zone d’action, les procédures opérationnelles permanentes à respecter. Toutes ces informations sont adaptées au caractère particulier du Sahel.

À l’issue de ce temps de réflexion, il décline alors ses ordres à destination de ses chefs de peloton. « Il me permet de dire à mes subordonnés : voilà le contexte, voilà l’ennemi, voilà la mission reçue, voilà comment je compte la remplir et voilà ce que j’attends de chacun d’entre vous, les missions que vous aurez à remplir ».

Cet ordre écrit doit être parfaitement compris pour éviter les erreurs. Vient ensuite la répétition sur caisse à sable, où chaque intervenant explique ce qu’il va faire. « Cela me permet de lever des doutes, de voir si tout le monde a compris l’esprit de la mission et de voir si je n’ai pas omis un problème qui m’apparaît une fois que je vois la manœuvre jouée ».

Donner des ordres est une chose, mais le capitaine commandant se doit également de donner l’impulsion, la dynamique qui sera nécessaire à ses hommes pour mener à bien la mission. « Il faut trouver les bons mots pour leur insuffler la foi dans la mission, leur dire dans quelle direction on va et pourquoi. Tous les yeux sont tournés vers le chef. Si je n’y crois pas, si je ne suis pas dedans, l’escadron ne sera pas dedans non plus ». Même s’il n’est pas au contact de ses hommes aussi souvent que ses chefs de pelotons, le capitaine Augustin doit aussi savoir, en cas de coup dur, redonner le moral. « C’est encore plus important en opération extérieure. La mission est sensible et éprouvante. On vit tous ensemble tout le temps et sans cadre familial le soir pour souffler. Je me dois encore plus de trouver les bons mots ».

Conduite par les armées françaises, en partenariat avec les pays du G5 Sahel, l’opération Barkhane a été lancée le 1er août 2014. Elle repose sur une approche stratégique fondée sur une logique de partenariat avec les principaux pays de la bande sahélo-saharienne (BSS) : Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina-Faso. Elle regroupe environ 4 500 militaires dont la mission consiste à lutter contre les groupes armés terroristes et à soutenir les forces armées des pays partenaires afin qu’elles puissent prendre en compte cette menace notamment dans le cadre de la force conjointe du G5 Sahel en cours d’opérationnalisation.

Sources : État-major des armées 
Droits : Ministère de la Défense